vendredi 31 août 2012

Pilules bleues, Frederik Peeters, Atrabile


Avec une sincérité profonde, Frederik Peeters nous dépeint dans ce roman graphique sa relation avec Cati, sa compagne séropositive.
Sans jamais tomber dans la facilité, il arrive à aborder ce sujet difficile avec émotion et intelligence.
La grande positivité des propos de Peeters fait écho à la séropositivité, sa gravité et la façon de l’appréhender.
Le trait brut de son dessin accompagne admirablement la narration, qui arrive à nous faire réfléchir sur le sens de l’attachement, quand l’amour et la maladie sont liés.
Une des plus belles histoires d’amour de la bande dessinée.

A lire si vous avez aimé
Lupus, Peeters
Château de sable, Peeters
Pachyderme, Peeters

jeudi 30 août 2012

De mal en pis, Alex robinson, Rackham


Alex Robinson, jeune auteur américain au talent prometteur, nous livre un roman graphique de près de 600 pages.
Sans aucune longueur ni écueil, on plonge littéralement dans cet univers New-yorkais, suivant les tranches de vie d’une demi-douzaine de personnages aussi différents qu’attachants.
De Sherman, libraire désabusé, à Ed, jeune auteur qui se cherche, en passant par Hildy, attachée de presse réservée, les destins de ces personnages s’entrecroisent, nous amusent et nous font réfléchir sur les petits riens de la vie. On a l’impression d’être dans un long épisode de Friends, en plus intelligent et sans les rires enregistrés.
De mal en pis, en plus d’être drôle, bien écrit et admirablement dessiné, nous livre une critique lucide sur le monde du livre.
A découvrir de toute urgence !

A lire si vous avez aimé
Bonus, Robinson
Derniers rappels, Robinson
Plus cool tu meurs, Robinson

mercredi 29 août 2012

Big Man, David Mazzucchelli, Cornélius


Des enfants jouent sur une plage, où ils découvrent un homme inconscient. Cet homme est un géant. Les hommes du village le recueillent et l'installent dans une grange. Un climat d'inquiétude commence. Qui est ce "Big Man" ? D'où vient-il ? Que veut-il ? Le livre ne répondra pas à ces questions. Il abordera des sujets simples mais touchants : la peur de la différence, l'amitié entre ce géant et une fille du village, simple d'esprit, la tolérance, l'entraide envers cet homme trop grand, qui tente de s'intégrer.
Mazzucchelli a su raconter ces rapports entre les hommes d'une manière puissante. Son dessin bichromique est épuré mais très efficace. Quelques traits sur les visages suffisent à faire transparaître des émotions fortes. Mazzucchelli nous pose des questions existentielles par petites touches. On ressort de la lecture de son livre avec le sentiment, à l'instar de ce Big Man, d'avoir grandi.

A lire si vous avez aimé
Cité de verre, Mazzucchelli
Des souris et des hommes, Steinbeck
Asterios Polyp, Mazzucchelli

vendredi 24 août 2012

13 cents, Sello Duiker, éditions Yago

Azure est un jeune garçon de Cape Town dans une Afrique du Sud libéré de l’apartheid. Les inégalités sociales n’ont pas disparu pour autant et le jeune vagabond survit comme il peut entre lois des gangs où règnent les plus grands et prostitution auprès d’afrikaners déjantés. Sello Duicker prend le parti de dresser, à travers les errements douloureux de son jeune personnage, un portrait sans fard de son pays. Le récit est sans détour, les scènes sont crues voire choquantes et l’écriture se limite à l’essentiel pour une plongée au cœur d’un enfer qui ne laisse pas indemne.

jeudi 23 août 2012

Ogres, Tome 1, Alwett, Iggy, Alizon, Soleil


Dans un monde où les ogres ont toujours vécu en maîtres sur les humains, une rébellion est en marche. Le seigneur nécrate a décidé d'exterminer cette race. Pour le bien du peuple humain? Certains le pensent. 600 ans plus tard les nécrates règnent sur le monde, les ogres sont supposés exterminés... jusqu'au jour ou l'un d'eux refait surface.
Un univers proche de ce que l'on a déjà pu découvrir avec les différentes séries basées sur Troy, un style graphique comme on peut l'attendre venant des éditions soleil, et un scénario qui donne envie de lire la suite.
Que demander de plus ?

mercredi 22 août 2012

La montagne magique, Jirô Taniguchi, Casterman


Ken-Ichi et Sakiko ont perdu leur père très jeune. Leur mère, gravement malade, est à l’hôpital. Les deux enfants sont confiés à leurs grands-parents.
Dans leur village, on raconte la légende d’une sorcière vivant dans la montagne toute proche.
Ken-Ichi et sa sœur partent à la recherche de cette sorcière qui pourrait peut-être guérir leur mère…
Jirô Taniguchi nous raconte ici une fable typiquement japonaise, mais réalisée comme une BD Franco-Belge (sens de lecture occidentale, format, nombre de pages, mise en couleur,…). L’alchimie est réussie et l’histoire de ces deux enfants réussira à toucher les petits comme les grands.

A lire si vous avez aimé
Quartier lointain, Taniguchi
Mon année, Taniguchi, Morvan
Terre de rêves, Taniguchi

mardi 21 août 2012

Maquis, Alfons Cervera, La Fosse aux Ours


Maquis, de Alfons Cervera, traduit par Georges Tyras pour les très belles éditions La Fosse aux ours. C’est là le premier ouvrage de l'auteur traduit en français. A notre humble avis, magistral. Ci-dessous ce que l’on trouve généralement à lire à son propos. Ça nous semble très juste.

« Maquis fait partie d’un cycle qu’Alfons Cervera a consacré à la guerre et l’après-guerre civiles espagnoles, telles que les ont vécues les habitants de son village natal, situé dans une région de la Communauté valencienne qui, jusqu’au début des années 50, a été le théâtre d’une forte résistance armée au franquisme. Le roman s’attache à faire revivre les aléas de la vie quotidienne - rencontres, amours, naissances, morts, luttes, souffrances, solidarité, privations - qu’affrontent les habitants du village, silhouettes aussi fugitives qu’attachantes, dans un contexte marqué par la férocité de la répression franquiste. Il s’agit de retrouver la mémoire de faits qui jusqu’alors n’ont été racontés que dans la version unique et intéressée des vainqueurs de la guerre, autrement dit de représenter une réalité que le discours officiel masquait sous les voiles épais de la propagande. Exercice de récupération de la mémoire confisquée en même temps que variation formelle sur des modalités d’écriture aux frontières de l’oralité, susceptibles de rendre compte de la dimension collective de l’aventure, Maquis est un exemple magistral de la prose d’Alfons Cervera, dont l’écriture est considérée comme l’une des plus riches et inventives de l’Espagne d’aujourd’hui »

lundi 20 août 2012

Karnak Café, Naguib Mahfouz, Actes Sud


Une œuvre parmi de nombreuses autres d'un des plus grands prix Nobel de littérature que j'ai pu lire.
Dans le Caire des années 60, trois étudiants font du Al Karnak Café  leur repère pour y voir passer tranquillement le temps, échanger des banalités ou deviser sur le monde. Ils sont jeunes et heureux. Ils ont la blague aisée et font confiance en l’avenir qui s’offre à eux. Tous se sont pris d’amitié voire d’amour pour la propriétaire, une ancienne danseuse de plusieurs années leur aînée.
Mais la quiétude n’est qu’apparente.
Du jour au lendemain, ils cessent de fréquenter le café sans que personne n’en connaisse les raisons. Puis, ils reviennent tout aussi subitement sans explications. Les rires et la joie de vivre ont cependant disparu. Ils sont sombres et amères.
Accusés à tort d’appartenir à une organisation fondamentaliste, ils ont été torturés et se retrouvent au cœur d’une escalade de violence qui ne laissera personne indemne y compris leurs amis les plus proches. L’un d’eux meurt. Les deux autres en sortent exsangues. Et tout ce en quoi ils croyaient, tout ce qu’ils avaient imaginé construire, tous ceux qu’ils aimaient se trouvent souillés à jamais.
Fidèle à lui-même, Naguib Mahfouz déploie son art de l’agencement et de la peinture des sentiments pour placer au cœur de la vie simple, heureuse et banale d’anonymes les effets de l’Histoire et d’un pouvoir politique aveugle dans un court roman qui ne laissera pas indifférent.

dimanche 19 août 2012

Le journal de mon père, Jirô Taniguchi, Casterman


Yoichi assiste aux obsèques de son père, qu’il n’avait pas vu depuis une quinzaine d’années.
C’est l’occasion pour lui de se replonger dans son passé, de puiser dans ses souvenirs pour tenter de comprendre qui était cet homme qu’il vient de perdre.
Yoichi réalisera qu’au-delà des différents qu’il a pu avoir avec son père, liés notamment à la séparation avec sa mère, il aimait véritablement l’homme qui lui a donné la vie.
Un récit d’une profondeur et d’une justesse proches de la perfection, que tous les pères et tous les fils devraient lire.
Avec Quartier Lointain, cet album est le chef d’œuvre de Jirô Taniguchi.

A lire si vous avez aimé
Quartier lointain, Taniguchi
Le combat ordinaire, Tome 2, Larcenet
Un zoo en hiver, Taniguchi

samedi 18 août 2012

Mélodies du coeur, Annie Proulx, Grasset


Une auteure américaine peu connue à découvrir...

Petites gens, travailleurs, fermiers, chasseurs sont les personnages de peu du nouveau recueil de nouvelles de Annie Proulx. Les histoires sont toujours simples et sans enjeux apparents. Les personnages sont bourrus. Ils échangent à peine quelques mots. Et pourtant plongés dans les espaces vides d’une Amérique profonde à la dérive, on n’en découvre pas moins des passions violentes, des jalousies tues depuis longtemps qui surgissent au hasard d’un chemin ou au détour d’une conversation limitée au strict nécessaire.
C’est au travers de ces petits riens de la vie et d’une économie d’effets que l’écriture travaillée de Annie Proulx parvient à toucher entre attachement et distance ironique.

Paul à Québec, Michel Rabagliati, La Pastèque

Une bande-dessinée fine et sensible.
Michel Rabagliati poursuit ses chroniques tendres et savoureuses d’un jeune couple ordinaire.
Paul et Lucie entrent dans la vie maritale : acquisition d’un pavillon, affres du déménagement, joie du bricolage. Bref, rien de bien alléchant a priori.
Pourtant, le dessin du dernier volume de Rabagliati trouve son équilibre. Les personnages en deviennent plus attachants et sensibles car un événement d’une banalité extrême sourd de ce tableau aux allures légères.
Le beau-père de Paul, atteint d’un cancer de la prostate, se livre peu à peu. La famille s’unit autour de lui et les planches muettes des derniers instants laissent place à une émotion rarement atteinte en bande dessinée.

vendredi 17 août 2012

Welcome to the Death Club, Winschluss, Cornélius


Une bande dessinée (très) fine mais pas sensible du tout...
Recueil d’histoires parues dans divers journaux et fanzines augmenté d’une quarantaine de pages inédites, Welcome to the Death Club est un petit bijou d’humour noir et dévastateur. Grinçant et cinglant, il l’est assurément. Mais le regard si juste et le trait si acéré de Winschluss rappellent combien les images lisses de notre époque contiennent toutes leur part d’ombre et de violence…A ne pas mettre entre toutes les mains.

jeudi 16 août 2012

Mon année, Tome 1, Printemps, Taniguchi, Morvan, Dargaud


Capucine, 8 ans, est apparemment comme toutes les autres petites filles de son âge.
Mais Capucine est trisomique, sans en avoir les caractéristiques physiques. Les braves gens ne comprennent donc pas pourquoi elle est si bizarre…
Jirô Taniguchi s’est associé au scénariste Jean-David Morvan pour écrire cette belle histoire prévue en quatre tomes, quatre saisons de la vie de cette attachante trisomique.
Le contraste graphique entre le réalisme des décors de Taniguchi et l’imaginaire riche et coloré de Capucine est vraiment réussi.
L’histoire est touchante, instructive et pleine de finesse.
Un beau récit sur l’acceptation de la différence.

A lire si vous avez aimé
Quartier lointain, Taniguchi
Les années douces, Taniguchi
La montagne magique, Taniguchi

mardi 14 août 2012

Les mondes d'Aldébaran, Leo, Editions Dargaud.


Les conditions de vie sur Terre s'étant dégradées au cours du XXI° siècle, l'humanité décida de coloniser des planètes lointaines. Aldébaran fut l'une d'elles. On apprend que depuis 100 ans les premiers colons se sont implantés sur  Aldébaran, il n'y a eu aucune communication entre eux et la Terre, pour une cause non élucidée. La colonie humaine a donc dû se gérer seule.
Les deux personnages principaux, Kim Keller et Marc Sorensen, sont de simples élèves dans un petit village de pêcheurs, mais un évènement, la destruction de leur village par une créature inconnue, va changer leurs vies paisibles.
Un scénario impressionnant, un style graphique prenant, Leo nous fait redécouvrir la nature humaine à travers cette Saga, en 3 cycles de 5 Tomes.

Terres des origines, Orson Scott Card, l'Atalante.


Établis sur une nouvelle planète, les survivants de la Terre ont chargé un super-ordinateur, Surâme, d'y maintenir l'harmonie. Doté d'un libre accès aux pensées des habitants d'Harmonie, il peut ainsi brider leurs pulsions négatives ou éliminer de leur vocabulaire les mots « dangereux ».
Après quarante millions d'années, Surâme se fait vieux et constate amèrement que ses efforts n'ont mené à rien, car l'Homme est incapable d'harmonie. La société se gangrénant à nouveau, Surâme décide alors de lancer sa dernière mission : ramener l'Homme sur Terre.

Cette saga en 5 Tomes est un des nombreux chefs d’œuvre de Orson Scott Card. Il y mêle suspense, action, quête et analyse du comportement humain, à lire au plus vite pour les fans de SF.

lundi 13 août 2012

L'étrangère, Sandor Marai


L’été est accablant sur les rives de cette côte dalmate où se retrouvent les derniers représentants poussifs d’une bourgeoisie faussement aristocratique. On se montre, on se livre au commérage et on essaye de retrouver les fastes d’une époque à jamais disparue. Dans cette foule ridicule, un homme au visage sombre et fatigué attire tous les regards, toutes les interrogations et tous les sarcasmes des conversations à voix basse.

A l’approche de l’âge où le corps décline, il traverse une crise profonde. Il vient de quitter son épouse, sa fille, sa famille, son milieu et sa jeune maîtresse, danseuse de son état, dont la relation n’a pas réussi à le sortir de sa torpeur. Un vide profond qu’il ne parvient ni à définir, ni même à identifier, l’assaille. Pourquoi agit-on de la sorte ? Quel sens donner au moindre de nos gestes ? A quoi sert-on ?

Au terme des quelques jours au cours desquelles il remonte le fil de ses souvenirs, s’enfermant ainsi dans une impasse mortifère, il commet un acte irréparable qui scelle définitivement son exclusion. Par delà cette expérience ultime, il aura à peine eu le temps d’effleurer ce qu’il cherchait.

Sandor Marai appartient à ces écrivains pour lesquels l’art de la narration et de l’écriture n’ont plus de secret. Au cœur même de son récit se trouve cette Europe qui fut toute aussi sûre et fière d’elle en son temps qu’au moment de la rencontre avec ses personnage à la dérive, elle a décidé de se détruire. C’est un magnifique chant du cygne qui laisse entrevoir avant de disparaître la perfection d’un cri de désespoir.

Mineure, Yann Queffélec


Un livre nous emportant dans les derniers retranchements d'un quinquagénaire en proie à des pulsions envers une jeune fille d'à peine 13 ans.
Nos préjugés et nos certitudes s'en trouvent ébranlés et les vices de cet homme deviennent moindres.
Quelques maximes qui prêtent à sourire, un ensemble vrai, un sujet traité avec pudeur et réalisme.
Une fin posée à temps, nous laissant une sensation agréable, un léger désir inachevé.

dimanche 12 août 2012

Le cauchemar de l'épouvanteur, Delaney, Bayard Jeunesse.


La saga des épouvanteurs retrace le parcours d'un jeune homme, Thomas J. Ward, septième fils de septième fils (lui octroyant ainsi des dons liés aux forces du mal), qui entame un long apprentissage au cotés de John Gregory, un épouvanteur exerçant depuis de longues années dans le Comté.
Dans ce septième tome, la guerre ravage le Comté, les forces de l'obscur commencent à prendre le dessus et les comportements humains s'en ressentent. Le Malin, toujours à la poursuite du jeune épouvanteur et de son amie Alice a permis l'évasion d'un ennemi mortellement dangereux, Lizzie l'osseuse.
Obligés de fuir leur pays natal, suite au débarquement de l'ennemi, nos trois héros s'exilent vers une île, mais cela ne va pas les sauver pour autant...
Une lecture accessible, à partir de 11 ans, qui vaut le détour pour ses principes de bonté défendus au fil des pages.

Homme-Requin, Shen Qifeng, Gaëlle Duhazé, Editions Hongfei cultures


Sur un rivage côtier du Sud de la Chine, lors d’une promenade au crépuscule, le jeune homme Jing recueille un être fantastique échoué sur la plage.
Celui-ci, « l’Homme-Requin », tisserand des profondeurs de la mer au Palais Cristallin est à la recherche de perles égarées.
Après bien des épreuves, ces perles, symboles d’intégrité, d’amitié et d’amour finiront par jaillir des larmes de l’Homme-Requin pour apaiser les tourments éprouvés l’un et l’autre à un moment de leur vie : chagrin d’amour pour Jing, nostalgie du pays pour l’Homme Requin.
Un récit classique d’un lettré chinois du 17ième siècle dont le climat envoutant voire inquiétant est admirablement imagé dans cet album par les illustrations oniriques au trait courbe et une mosaïque de couleurs de Gaëlle Duhazé.

N’hésitez pas à entrer dans cette merveilleuse légende de Chine !

vendredi 3 août 2012

Celles qui attendent, Fatou Diome, Flammarion

"Celles qui attendent", ce sont les mères et les femmes d'africains clandestins séduits par le chant des sirènes de l'Europe.
"Celles qui attendent", ce sont des femmes courageuses qui luttent au quotidien contre le poids de la tradition et du clan, la pauvreté, les illusions perdues...
Bref de beaux portraits de femmes!
Message au futur lecteur :
Malgré un "happy end" malvenu, il est bon de connaître un autre point de vue sur l'immigration clandestine. L'écriture, très imagée et pleine de philosophie, est magnifique.

Le garçon qui volait des avions, Elise Fontenaille, Editions du Rouergue

Après son court roman pour adulte, les disparues de Vancouver, tiré d’un macabre fait divers de meurtres en série sur les prostituées amérindiennes des bas-fonds de la capitale de la Colombie-Britannique au Canada, Elise Fontenaille a posé son regard acerbe sur le destin de Colton Harris-Moore, ce jeune américain dont elle a découvert l’étrange cheminement au fil de ses lectures de la presse américaine.

Elevé par sa seule mère, il grandit dans l’extrême pauvreté de ces coins oubliés d’une Amérique assurée de sa puissance, à San Juan une île paumée au large de Seattle et de Vancouver. Un père violent qui tente de l’étrangler et l’indigence pour seule estime de soi alors que la police persuadée d’avoir affaire à un jeune voleur l’arrête le jour de ses huit ans pour le vol du vélo que sa mère lui a pourtant offert, le poussent à entrer inconsciemment en guerre contre un monde qu’il ne comprend pas. C’est du moins le portrait sans jugement qu’en dresse Elise Fontenaille dans les chapitres ramassés et affûtés de ce court roman pour ado.

Ni héros, ni justicier, ni même miroir des dérives de nos sociétés, Colton Harris-Moore devient, à travers l’écriture directe de Fontenaille, insaisissable.

Colton Harris-Moore rassemble sur la page facebook qui lui est dédiée 23545 "amis". Rien ne le prédisposait pourtant à s’attirer l’intérêt de tant d’inconnus. Il a été arrêté le 11 juillet 2010.

jeudi 2 août 2012

Un ciel radieux, Jirô Taniguchi, Casterman

Une nuit, Kazuhiro, père de famille, percute un jeune motard, Takuya. Le premier meurt tandis que l'autre survit. Lorsque Takuya sort du coma, il semble avoir changé, et pour cause : la conscience de Kazuhiro s’est réfugiée dans le corps du jeune homme. Kazuhiro profitera de cette ultime chance pour comprendre ce qui comptait réellement dans sa vie.
Jirô Taniguchi nous offre une fois de plus un récit d’une profondeur incroyable, où ses dessins transcendent les émotions. La touche de fantastique apporte une dimension supplémentaire à cette belle histoire.
Un très bon Taniguchi.

A lire si vous avez aimé
Quartier lointain, Taniguchi
Le journal de mon père, Taniguchi
Terre de rêves, Taniguchi

Le vin de la colère divine, Kenneth Cook

En plus d'être un écrivain australien reconnu, Kenneth Cook fut aussi engagé politiquement en tant que leader d'un parti contre la guerre du Vietnam. Le vin de la colère divine, un roman écrit en 1968 basé sur des témoignages réels, dénonce les atrocités sans nom de la guerre dans la jungle vietnamienne. Paradoxalement, Cook prend le point de vue d'un jeune homme qu'il ne nomme pas. Profondément catholique et patriote par tradition familiale, il se perd complètement dans ses questionnements sans fin avachi au comptoir d'un bar de Bangkok. Le roman égraine les souvenirs douloureux du jeune soldat.

Engagé volontairement dans ce qu'il croit être un combat pour la liberté dont l'ennemi ultime est le communisme, autrement dit les Viêt-Cong, il perd peu à peu ses illusions. L'ennemi, selon le protagoniste principal, essaye de "changer un style de vie élaboré depuis des années par les occidentaux". L'auteur nous emmène au plus près de l'horreur, en nous plongeant au cœur des traumatismes du jeune protagoniste causés par les pertes humaines. Il pose également la difficulté d'affronter des Viêt-Cong en surnombre, malgré une technologie de pointe.

Sans entrer dans un manichéisme facile, l'auteur interroge les limites de l'engagement au nom d'un idéal. Cook n'épargne personne, catholiques, communistes, occidentaux et orientaux.

mercredi 1 août 2012

Terre de rêves, Jirô Taniguchi, Casterman


Ce recueil de cinq nouvelles parle essentiellement des relations que les hommes peuvent avoir avec les animaux. La première d’entre elles, Avoir un chien, particulièrement émouvante, raconte la fin de la vie d’un chien, et la grande tristesse que cela procure à ses maîtres. Les suivantes sont tout aussi profondes. On y aborde entre autres la naissance d’animaux ou les regrets d’un couple n’ayant pas eu d’enfant.
L’émotion dégagée par le dessin est immense, les expressions et regards des personnages et des animaux sont tels qu’il est difficile de retenir ses larmes, comme bien souvent dans les œuvres de Jirô Taniguchi.
Du grand art.

A lire si vous avez aimé
Quartier lointain, Taniguchi
Le journal de mon père, Taniguchi
Un zoo en hiver, Taniguchi