mardi 28 mai 2013

L'art de nuire, Pierre Houdion, Editions Thierry Marchaisse


La quête du bonheur : comment le pouvoir, la jalousie et l'amour tissent et détissent une vie.

En Europe, à la fin du XVIIIème siècle, une jeune fille mineure avec peu de fortune n'a guère de choix pour assurer son avenir : entrer au couvent ou se marier.
Tel est le cas à Paris de Mlle de Carvoisin qui orpheline est sous la tutelle de son cousin, le marquis d'Achy. Mme Achy rendu "au statut cruel d'ancienne jolie femme" est jalousement féroce de la beauté et la jeunesse de Mlle de Carvoisin. Elle lui prépare en conséquence un mariage convenu avec "un époux sévère, vieux ou laid, ou les trois à la fois".
Mais âgée de 19 ans et d’une intelligence vive, la jeune fille "envisageait avec la plus grande détermination de ne pas accepter ce qui ne lui conviendrait pas, tout en imaginant bien combien la vie, dès lors, deviendrait difficile".
La rencontre avec M. de Bombelles, un officier sans solde avec qui elle décide de se marier par amour malgré l’opposition de ses tuteurs sera le déclencheur d'une véritable machination assortie de roueries et de manœuvres perfides pour la priver de ses quelques subsides et surtout détruire leur union.
L'amicale protection de la duchesse de Chartres saura-t-elle résister à sa patience de « bonne fée » devant l’ ampleur du complot et ses retentissements à l’ombre de ses antichambres ?

L'écriture de Pierre Houdion spécialiste de l'Histoire du XVIIIème siècle est très élégante et non dénuée d’humour.
J'ai apprécié le déroulé psychologique de l'intrigue et ses rebondissements ainsi que les lettres qui ponctuent le texte délivrées par M. Fontaine, messager de la duchesse. Ces missives sonnent comme des sentences de l'oeil public sur le désir intime et légitime d’un couple de vivre tout simplement leur bonheur.
A noter que la fin du roman peut se lire à la manière d’une agréable surprise.

Je remercie la Fabrique à Rêves et les Editions Thierry Marchaisse pour ce beau moment de lecture.

mardi 21 mai 2013

Man, Kim Thuy, Editions Liana Levi


Un sublime et délicat message d'amour

L'amour d'une enfant à sa mère "3ème maman" qui l'a recueillie et protégée au Vietnam en lui apprenant à retenir ses joies et ses peines, à devenir invisible. Car montrer un visage totalement inexpressif et par là même enfermer l'émotion est une question de survie dans un pays où règne le chaos politique "Maman m'avait enseigné très tôt à éviter les conflits, à respirer sans exister, à me fondre dans le décor", "... afin que personne ne puisse me faire de reproches, afin que personne ne m'atteigne".

L'amour du pays natal d'une réfugiée devenue adulte où par une profusion de couleurs, de parfums et de saveurs qui éblouissent et ennivrent, Kim Thuy nous fait toucher, sentir, goûter aux traditions du Vietnam.

L'amour, les émotions enfin libérées éprouvées auprès d'un homme, Luc qui porte à la narratrice "un regard," son premier regard.

Une pointe d'espoir ?!

J'ai ressenti un immense plaisir à lire ce très beau texte nostalgique sans zest d'amertume qui entrelace par un fil délicat des mots d'origine, les coutumes, la flore exubérante, les recettes ancestrales, les contes et les anedoctes qui fondent la culture vietnamienne.

Un texte pudique d'une vie immobile qui ne tend qu'à exister par l'âme et le corps !



Zakuro

samedi 11 mai 2013

L’Homme, François David, éditions Motus

Mais qu’est-ce qui fait qu’on est un homme ? « Un Homme un vrai pas un hommelette »… qui dit « MOI Môa je ». L’homme se définit bien souvent par sa grande gueule : le mot « bouche » apparaît alors en lettres de 42 cm de hauteur ! « Le corbeau fait CRôA c’est un oiseau/de malheur, L’homme dit MôA cela fait sa grandeur ». De l’humour qui dégonfle le sérieux, l’orgueil et la suffisance de l’homme. Un balancement s’opère dans le texte à mi-parcours : « un homme digne de ce nom n’est jamais peut-être si GRAND ((mot géant à la verticale)) que lorsqu’il accepte d’être petit » ((mot à l’horizontale écrit tout petit !)). « Si petit qu’il y a le risque de ne pas l’apercevoir. Tant pis pour l’homme inattentif s’il ne voit pas la fleur, l’herbe le papillon…et passe tout à côté de la profonde joie ». Porter attention aux choses, si petites soient-elles, savoir écouter une voix délicate et fragile qui ne s’enfle pas : oser être soi.

Un livre en grand (42 cm de hauteur sur 12 cm), tout autant objet de lecture qu’objet de déco à mettre dans son salon, à la verticale, près d’une baffe de chaîne hifi ou à placer en bibliothèque en bonne compagnie d’un livre sur les gratte-ciel ! Notons aussi la très belle mise en couleur : lettres en bleu turquoise sur fond rouge, rouge et jaune, jaune et violet… Du jamais vu ! Un livre complètement inédit. Un grand livre ! De 7 à 77 ans.


Odile Bonneel.

vendredi 10 mai 2013

Une enfance comanche, Bianca Babb, Anacharsis


Fin des années 1860, une famille de pionniers au Texas, un des leurs capturé par une tribu indienne.
Un fait divers parmi tant d'autres à l'époque de la colonisation du "Wilderness" (Désert) faisant l'objet jusqu'au début du 20ème siècle de "récits de captivité" truqués de clichés et orientés le plus souvent vers une propagande anti-indienne. La scissure est alors faite entre la civilisation représentée par les Blancs et la barbarie par les Indiens amplifiée lors des captures de femmes blanches.

Le récit de Bianca Babb n'est pas un de ces récits galvaudé.
Une enfance comanche est l'histoire vraie de Bianca Babb enlevée à l'âge de neuf ans par un chef comanche. Bianca Babb a écrit elle même ce récit vers 1920 pour retrouver dans ses souvenirs la petite fille qu'elle était. Et pour Bianca Babb, ses réminescences d'enfance s'ancrent dans les 7 mois vécus en compagnie de sa famille indienne adoptive.

Grâce à la fidèle traduction de Frédéric Cotton, Bianca Babb nous fait partager ses émotions, ses fines et authentiques observations sans préjugés sur les rituels et les coutumes, le mode de vie et les croyances des indiens des plaines. Ses mots d'une très grande précision évoquent les rigueurs de l'hiver, les jours tenaillés par la faim, les scarifications des femmes lors d'un décès d'un brave au combat, les perpétuels changements de campement mais aussi la solidarité et les joies "ma mère squaw... se souciait toujours de moi et elle prenait soin de moi comme si j'avais été sa véritable enfant".

Un voyage émotionnel à la recherche des souvenirs d'enfance mais aussi d'un peuple dont la menaçante disparition était en devenir.

Une invitation à la rencontre et l'ouverture vers d'autres cultures, un très beau coup de cœur que j'ai pu découvrir à la Fabrique à Rêves !



Zakuro

vendredi 3 mai 2013

Lydie, Zidrou, Lafebre, Dargaud

Interner une personne juste parce qu'elle est heureuse ? Dans notre monde actuel, je répondrais que oui, nous internons des personnes quelque peu "hors normes". La beauté de cet ouvrage c'est qu'il laisse place au bonheur d'une personne avant la normalité.
Ce monde, des personnes soudées, offrent la chance à une femme de vivre la plus belle aventure : celle d'être maman. Pourquoi faire du mal quand il est si facile de faire du bien ? Lydie est une œuvre touchante, remplie d'émotions et qui retrouve une humanité perdue ce jour.



Aurore