jeudi 26 septembre 2013

La faute de Rose, Florence Cadier, Editions Thierry Magnier


A 16 ans, Rose est une jeune fille obéissante et pieuse dans un village ordinaire d'Irlande (à la fin des années 1960 ?). L'auteure ne précise pas l'époque.
Ses parents ont décidé qu'elle sera institutrice. Mais est-ce vraiment ce qu'elle veut car Rose a le cœur ailleurs, elle est amoureuse de Sean, berger dans une ferme voisine.
Mais le père de Rose autoritaire et inflexible refuse catégoriquement cette union parce que Sean a le malheur d'être orphelin et de ne pas être du village. Il ne lui accorde pas sa confiance. Sa mère totalement éteinte et absorbée par son labeur quotidien ne dit mot. Seul l'un d'un frères, Rory soutient Rose.
Ne pouvant supporter de ne plus se voir, les deux jeunes gens décident de fuir pour vivre librement leur amour en Angleterre.
Un évènement dramatique transforme vite leur fugue amoureuse en une traque policière acharnée. Finalement capturée, Rose est enfermée dans le couvent des sœurs Magdalènes.
Elle y sera maltraitée et humiliée, astreinte aux besognes les plus pénibles. Mais Rose gagne en force et courage surtout quand punie pour désobéissance dans le cagibi noir et fétide, elle peut penser à Sean et à sa promesse de venir la chercher.

Les chapitres du livre alternent ces moments pénibles et forts de la réclusion avec les épisodes de la rencontre amoureuse et de la fuite éperdue.
L'auteure décrit avec des mots sobres qui touchent profondément comment l'amour entre deux êtres peut être mis à mort par une société étranglée par ses principes.

Un chemin vers la liberté et l'émancipation qui est loin d'être achevé dans les sociétés occidentales.



Zakuro

lundi 16 septembre 2013

2 yeux ?, Lucie Félix, Les Grandes Personnes


Par un jour de pluie, Lucie Félix invite l'enfant qui s'ennuie à se promener dans son univers créatif de manière amusante, délicate et très vivante.
Lucie Félix dessine dans du papier couleur épais de grandes formes simples, puis tour à tour découpe, perce, assemble, juxtapose, met en relief.
La composition des figures forment des images ou plutôt des tableaux. Et de ces tableaux naissent les mots, les phrases, l'histoire comme la vie.
L'enfant peut facilement manipuler et s'approprier cet album cartonné au format carré qui est aussi adapté à son rythme, le rythme d'un journée.
Mais ce n'est pas tout : l'adulte peut fait lui aussi une lecture personnelle de cet album très riche en messages, de la naissance au crépuscule de la vie.

Un très bel ouvrage qui imprègne de poésie l'apprentissage de la vie.

Vous ne trouvez pas que dans le titre même 2 YEUX ? on y voit justement l'image judicieusement cachée des yeux ?



Zakuro

mercredi 11 septembre 2013

Trois grands fauves, Hugo Boris, Editions Belfond


Dans ce roman mêlant l'Histoire à la vie personnelle, Hugo Boris réunit par delà les siècles de manière ingénieuse et subtile trois grands personnages que sont Danton, Victor Hugo et Churchill. Des noms illustres mais avant tout des hommes qui ont su tirer de leurs faiblesses intérieures ou de leur physique désavantageux, une très grande force.
Ces trois hommes ont en point commun d'éprouver très tôt le sentiment aigu de la fragilité de la vie. D'où leur besoin ardent et urgent de mordre l'existence à pleine dents souvent avec excès et de puiser en eux-mêmes toute l'énergie animale et instinctive ; Tels de grands fauves blessés luttant jusqu'au bout pour défier la mort.

De façon personnelle et par une écriture très fluide et élégante, Hugo Boris dresse individuellement le portrait de ces trois grands hommes. Pour autant, la narration n'est pas figée et s'enrichit au fur et à mesure de la figure précédente pour n'en faire qu'une seule image, celle de l'immortalité.



Zakuro

dimanche 8 septembre 2013

Blue Note, Tome 1, Les dernières heures de la prohibition, Mariolle, Bourgoin Dargaud


Jack Doyle, ancien boxeur, a juré de ne plus remettre les pieds sur un ring. Pourtant, pour un seul combat, il va replonger dans un univers aussi attirant que détestable, celui de New-York, de l’alcool et la prohibition, des gangsters, des femmes et du jazz…

Ce qui frappe avant tout à la lecture de cet album, c’est l’immersion engendrée par les couleurs : on entre véritablement dans une carte postale sépia de l’Amérique des années 30, parsemée du rouge sang des combats, et d’un bleu jazzy entraînant. Un mélange envoutant, magnifiant les splendides dessins de Mikaël Bourgoin.

Le scénario, bien que classique, est efficace et accrocheur. A noter qu’un second tome de ce très bon album est prévu, racontant le revers de cette histoire.



A lire si vous avez aimé
Blacksad, L’enfer, le silence, Guarnido, Diaz Canales
L’enragé, Baru

vendredi 6 septembre 2013

La dernière séance, Chahdortt Djavann, Editions Fayard


Coïncidence heureuse, en lisant "la dernière séance" j'entendais pour la première fois la voix déchirante de la chanteuse libanaise Fairuz.
La voix de Fairuz et l'écriture de Chahdortt Djavann s'accordaient magnifiquement dans ma lecture.
Dans ce roman, Fairuz est aussi l'idole de Donya, adolescente iranienne dans les années 1990.
A l'extérieur, Donya est une brillante étudiante dont l'élan est brisé net par un drame qui la rend adulte de manière brutale.
Donya à l'intérieur est un être humain cisaillé par de profondes fêlures depuis son enfance.
Après ce drame qui renforce son mal être en intensité et en durée, Donya fuit l'Iran et s'exile en Turquie. Elle mène alors une vie presque clandestine souvent dangereuse et arrive à s'assumer financièrement en mutlipliant les activités professionnelles. Seule, elle prend parfois des décisions à l'opposé de sa sensibilité. Ce qui la tient en vie est la poursuite de ses études dans une université malgré la fatigue et la pauvreté.
Car son obstination à vivre est animée par l'obsession de rejoindre Paris, la ville de son amour pour la langue française.
A force de tenacité et de courage, Donya finit par se réfugier à Paris. C'est à Paris qu'elle parle enfin et se confie à un psychanalyste.

La narration peut surprendre car elle n'est pas linéaire mais repose sur deux temps : un temps, un chapitre où le lecteur suit Donya dans son échappée vers la liberté ; un temps, un chapitre où le lecteur est témoin de ses séances chez le psychanalyste. Une façon donnée aux lecteurs de lui venir en aide peut-être.
La dernière séance est un très beau portrait de femme luttant pour sa (sur)vie.
Un hommage à toutes les femmes porte-paroles des victimes de l'oppression et des discriminations quel que soit le pays.




Zakuro

mercredi 4 septembre 2013

Muette, Eric Pessan, Albin Michel



Muette est le nom de l'adolescente dans le nouveau roman de Eric Pessan tant le silence la détermine entièrement.
Non pas qu'elle soit dans l'incapacité physique d'entendre et de parler "Manier les mots, Muette sait le faire ; ouvrir la bouche, arrondir les lèvres et tordre la langue pour articuler des phrases."
Mais les paroles ne franchissent plus ses lèvres à force de se briser dans le silence froid de son père et les morsures verbales de sa mère.
Silencieuse, sa mémoire est envahie de pensées, de voix haïes et de souvenirs qui la martyrisent.

D'une sensibilité extrême, Muette souffre dans sa chair quand la planète souffre de la faim, de la guerre et des catastrophes irréparables pour l'Humanité entière.
Jusque là confinée dans sa chambre, Muette fuit ses parents pour tenter d'apaiser ses tourments.
Une (re)découverte d'elle même qui passe par le contact charnel avec la Nature.
Elle devient animale aux sens redoublés, instinctive, vivante et sauvage telle la Déesse Artémis. Elle veut sentir la terre, s'enfouir en elle, échapper à la domestication de la main de l'Homme qui brutalise le paysage pour le rendre docile.

Ce très beau roman est à la fois terrible, troublant et poétique. J'ai beaucoup aimé l'écriture d' Eric Pessan qui par l'utilisation de mots bruts nous fait partager la douleur qu'endure Muette mais réussit en même temps à la respecter et la protéger en conservant une once de mystère et ce jusqu'à la fin dans une note poétique finale.




Zakuro