mercredi 30 octobre 2013

La fabrique du monde, Sophie Van der Linden, Buchet Chastel


Vestes de femmes. Rouge. 1 500. 3 jours.

C'est un exemple de cadence infernale imposée de nos jours aux jeunes filles ouvrières de Chine devant les machines à coudre. Jour et nuit dans l'usine. Enchaînée. Pour l'éternité.
Des pans de tissus entiers à découper, assembler, coudre... les mains comme des automates, les oreilles assourdies par le bruit des machines et des ventilateurs à palme.
Meï, 17 ans est l'une de ses semblables qui a abandonné par contrainte financière et familiale ses désirs personnels aux règles collectives extrêmement dures de l'usine.
Elle fait partie du clan des copines où tout doit être dit, fait comme les autres. En ce sens, Meï est redevable de l'esprit de solidarité entre les filles.
Pourtant Meï a de plus en plus besoin de s'isoler, d'échapper au groupe.
Des rêves profonds d'une éblouissante beauté mais aussi très sombres l'éveillent à la perception d'un autre monde où libre et amoureuse elle pourrait enfin vivre. Une réalité ?

Ce court roman est d'une forte intensité. J'ai lu les pages de manière frénétique comme Meï à la recherche de son bonheur.
Il est le premier roman de Sophie Van der Linden, spécialiste en littérature jeunesse dont je suis une très grande admiratrice.

C'est un coup de cœur !



Zakuro

samedi 26 octobre 2013

La brigade juive, Marvano, Dargaud


1945, Leslie et Ari sont deux soldats d’une faction méconnue de l’armée britannique, la « Brigade juive ».
L’histoire commence par une balade presque bucolique dans la campagne polonaise, et prend rapidement un tournant brutal quand Leslie abat froidement un prêtre, ayant reconnu en lui un ancien SS.
Le ton est donné, la « Brigade juive » ne plaisante pas avec l’antisémitisme.

Se posant des questions sur leurs actions (faut-il assassiner les assassins ?), les deux hommes continuent leur chemin qui ne sera certainement plus aussi bucolique.
Avec un dessin faussement naïf, Marvano aborde intelligemment des thèmes difficiles. On se prend au jeu, et cette histoire dans l’Histoire nous donne envie de mieux connaître ces deux soldats juifs, leur passé et leur motivation. Tour à tour dur et émouvant, ce premier tome est une belle réussite.

A lire si vous avez aimé
Berlin, Marvano
La guerre éternelle, Marvano

dimanche 20 octobre 2013

Mermaid Project, Leo, Jamar, Simon, Dargaud


Dans un futur très proche, après l’épuisement des ressources naturelles et le réchauffement climatique, les minorités du Sud ont inversé les rôles, et pris le pouvoir sur les Blancs.
Dans un Paris incroyablement réaliste, Romane Pennac est la seule personne blanche de son commissariat.
Elle se trouve impliquée malgré elle dans une enquête mêlant recherches génétiques pas très éthiques et complots de multinationale, deux thèmes très actuels.

Les scénaristes nous racontent dans cet album une histoire classique mais incroyablement accrocheuse. On y retrouve tout le génie anticipatif de Léo, savamment mêlé à un polar diablement efficace.
Cerise sur le gâteau déjà bien fourni (46 pages très denses et pleine de rebondissements), les dessins de Simon réussissent à être simples et clairs tout en offrant de nombreux détails.
Une très bonne surprise donc, qui donne une grande envie de connaître la suite !


A lire si vous avez aimé

Les mondes d’Aldébaran, Léo
Kenya, Léo, Rodolphe
Terres lointaines, Léo, Icar

vendredi 18 octobre 2013

Pietra viva, Léonor de Récondo, Editions Sabine-Wespieser


En cette année 1505, le sculpteur Michelangelo est tout à son œuvre de création de la pierre.
Une pierre qu'il modèle veinée de marbre. Une pierre qu'il veut rendre vivante à l'image des corps humains pour en extraire la perfection et l'harmonie dans toute sa lumière.
Peut-être aussi une façon de taire une plaie profonde qu'un drame va rouvrir. En état de choc, Michelangelo part seul dans les montagnes de marbre de Carrare.
Durant son séjour, son cœur va lentement s'ouvrir à ses souvenirs par l'amitié de gens simples et l'affection franche d'un petit garçon de 6 ans.
A partir de ce moment, son regard sur l'art sera profondément modifié, de perfectible il devient perméable au sensible.

Je me suis laissée portée par la douce et lente éclosion des émotions et des sensations que font naître les mots, à fleur de peau, de Léonor de Récondo.
Un timbre profondément humain que l'auteure également violoniste baroque excelle à nous faire entendre dans la fluidité de l'écriture.

Pietra viva peut se lire sans nécessité de posséder de connaissance spécifique sur l'art, la curiosité suffit.

C'est un de mes grands coups de cœur de la rentrée littéraire découvert à la Fabrique à Rêves.



Zakuro

samedi 12 octobre 2013

Partition silencieuse, Ea Sola, Editions Libella-Maren Sell


1970, au sud vietnam. Une grande famille déchirée par les idéologies de 2 frères. Le récit tourne au coeur de l'un des frères, Dinh.
Dinh, le père patriote telle une ombre part dans la forêt, revient, y retourne ; Iris, la mère française lutte contre les pluies torrentielles et la boue pour faire pousser sur les hauts plateaux des piments vendus sur les marchés, qui est leur seule richesse ; Xa, la fille se tient au milieu, espère le retour de son père, aide sa mère sans relâche.
Xa ne comprend pas bien ce qui se passe, pourquoi son père n'est pas là. Xa attend.
Tout est beau, sombre, mystérieux dans ce récit magnifié par l'originalité de l'écriture chorégraphique : saccadée, ralentie, arrêtée. Ce mouvement se retrouve également dans l'alternance entre passé et présent du récit, des années 1948 à 1975.
Bien sûr la guerre est là, on entend au loin les grondements, les étincelles. Mais l'auteure s'attache plutôt à rendre compte de ce qui fait le quotidien de cette famille, de leur attachement à la terre quasi viscerale et pudique à la fois. La nature y est décrite avec force, les personnages apparaissent tels qu'ils sont, sans fard, sans jugement.
Des êtres happés par l'Histoire dont ils ont du mal à s'échapper.

J'ai beaucoup aimé l'écriture au plus proche du naturel, au plus vrai, des mots simples très évocateurs.
J'ai lu ce livre comme on regarde un spectacle de danse tant l'auteure Eao Sola qui est aussi chorégraphe a su combiner harmonieusement le rythme, la figuration, la description.
Ce qui est envoûtant et qui me plaît énormément est l'atmosphère générale qui reste mystérieuse avec la forêt, les bornes kilométriques des routes avec toute leur symbolique, les disparitions.

Vraiment, un très beau moment.



Zakuro

En complément de cet avis, voici un court extrait de Partition silencieuse :

"J'ai pensé à vous. Dans la forêt, parmi l'odeur des terres. J'ai pensé aux montagnes, aux arbres, à l'herbe. J'ai pensé que votre fils nous avait donné à voir le paysage. Le paysage me manquait, la forêt aussi. Vous et votre fils aussi. J'ai regardé la pluie tomber, et j'ai cherché le passé. Je vous parlais. Et je parlais à votre fils. Je parlais à la montagne, et aux arbres, et à l'herbe. Je dois demander à votre fils : "Pourquoi" ? [...] Nous laisser avec le paysage, pourquoi ? Nous laisser dans la nature, sous le pluie et sous le soleil, pourquoi ? Tout donner pour la libération du pays.
Maintenant, que lui reste-t-il ?

Les boules de prière ne roulent plus sous ses doigts, la lumière pase à travers le tulle de fer, elle dit :
- Oublie, c'était la guerre."


jeudi 10 octobre 2013

Sortilèges, Dufaux, Munuera, Dargaud


A la mort de son père, Blanche devient la nouvelle reine d’Entremonde, un monde moyenâgeux où le fantastique côtoie le chevaleresque.
Elle doit alors renoncer à sa vie passée et faire face à la guerre, aux complots et trahisons dont fourmille son royaume.
Avec la narration romanesque de Dufaux, qui rappelle les excellents premiers tomes de sa Complainte des Landes perdues, et le voluptueux dessin de Munuera, mélangeant avec talent le flamboyant et le bucolique, ce premier tome d’un diptyque a tout pour plaire.
Après cette mise en place alléchante des personnages et de l’intrigue, on attend impatiemment la conclusion !


A lire si vous avez aimé

Complaintes des Landes perdues, Dufaux
Saga Valta, Dufaux, Aouamri
Fraternity, Diaz Canales, Munuera